- Le 26 novembre 2025, 359 députés ont voté pour bloquer l'accord UE-Maroc incluant le Sahara occidental : il en fallait 360.
- Les députés LFI étaient absents ; une voix aurait suffi à faire basculer l'objection.
- En six ans, le Parlement européen est passé d'une approbation confortable à une quasi-majorité contre — traduisant la prise de conscience du cadre posé par la CJUE.
I. Un résultat historique mal lu
Le premier réflexe, en apprenant l'échec de l'objection, est d'y lire un revers. C'est l'inverse. Pour comprendre ce que représente ce vote, il faut le replacer dans son contexte historique immédiat.
Évolution du rapport de force au Parlement européen
En six ans, le Parlement européen est passé d'une approbation confortable à une quasi-majorité absolue contre le même type d'accord. Ce glissement est inédit. Il traduit une prise de conscience progressive du cadre juridique posé par la Cour de justice de l'Union européenne, qui a rappelé à plusieurs reprises que le Maroc et le Sahara Occidental constituent « deux territoires distincts et séparés », sans souveraineté marocaine sur le second.
La Commission Agriculture du Parlement l'avait signifié clairement le 20 novembre : l'immense majorité des groupes politiques s'oppose à l'intégration forcée du Sahara Occidental dans les accords commerciaux marocains. Le 26 novembre, le vote en plénière a confirmé cette bascule — à une voix près.
II. La faute politique de La France Insoumise
Tous les groupes de gauche au Parlement européen ont voté contre l'accord : les socialistes français inclus. Les députés européens de La France Insoumise ont choisi de ne pas siéger.
Cette absence n'est pas neutre. Elle a eu des effets concrets et mesurables :
- Elle a privé le Parlement de la voix manquante, permettant à l'accord de ne pas être bloqué
- Elle a offert un répit politique inespéré au gouvernement marocain et à la Commission
- Elle a envoyé un signal incohérent avec les positions historiques de LFI sur la décolonisation et l'anti-impérialisme
- Elle a aligné LFI, par son inaction, sur les intérêts des grandes puissances agro-industrielles européennes
LFI se réclame de l'anti-impérialisme et défend historiquement le droit des peuples à l'autodétermination. En s'abstenant lors du vote le plus serré de l'histoire du Parlement européen sur le dossier sahraoui, ses élus ont de fait soutenu la survie d'un accord que la CJUE a qualifié d'incompatible avec le droit international.
La comparaison avec le groupe socialiste est éclairante. Les socialistes français, pourtant membres d'un gouvernement historiquement proche des intérêts marocains, ont voté contre l'accord. LFI, qui se positionne à leur gauche sur les questions coloniales, s'est trouvée hors de ce bloc — non par opposition, mais par absence.
« Pour un mouvement qui se réclame de l'anti-impérialisme, cette contradiction est grave. Elle est aussi lourde de conséquences : LFI se retrouve alignée, par son inaction, sur les intérêts du Maroc et des grandes puissances agro-industrielles européennes, contre les décisions de la CJUE et contre le droit international. »
CASO — Communiqué, novembre 2025III. L'enjeu juridique : l'étiquetage comme ligne de front
Le vote portait sur un objet précis : l'étiquetage des produits agricoles issus du Sahara Occidental. La Commission européenne imposait les désignations administratives marocaines — « Laâyoune-Saguia el-Hamra » et « Dakhla-Oued Ed-Dahab » — sur des produits dont l'origine territoriale est contestée en droit international.
La CJUE est pourtant explicite : le droit impose l'étiquette « Sahara occidental (EH) » et non « MA ». En assimilant le Sahara Occidental au Maroc dans son système d'étiquetage, la Commission contredit directement sa propre Cour de justice — et le Parlement a failli lui imposer de se corriger.
Cette question de l'étiquetage n'est pas administrative. Elle est politique et juridique : reconnaître ou non la souveraineté marocaine sur un territoire que la CIJ (1975), la CJUE (2016, 2018, 2021, 2024) et l'ONU ont unanimement qualifié de territoire non autonome, distinct du Maroc.
IV. Les batailles à venir
Ce vote n'est pas une fin. Il structure les prochains mois sur plusieurs fronts simultanés.
Prochaines échéances juridiques et politiques
Le vote du 26 novembre a exposé au grand jour les contradictions internes de l'Union : entre la Commission et la Cour, entre la Commission et le Parlement, entre les États membres eux-mêmes. Ces fissures ne se refermeront pas. Elles s'approfondissent à chaque procédure, à chaque vote, à chaque arrêt.
Le CASO continuera à documenter les positions des partis et élus français sur le dossier sahraoui. Une cartographie nationale des prises de position de la gauche française est annoncée pour 2026 — le vote du 26 novembre en constituera un marqueur central.
Position CASO
Le vote du 26 novembre 2025 confirme deux réalités simultanées. D'abord, une avancée historique : le Parlement européen est à un souffle d'affirmer que l'UE ne peut pas entériner une colonisation illégale. Ensuite, une responsabilité politique que le CASO ne peut ignorer : l'abstention de LFI a permis la survie d'un accord contraire au droit international, aux arrêts de la CJUE et au droit du peuple sahraoui à disposer de lui-même. Ces deux réalités doivent être dites ensemble.