L'essentiel
  • Le 20 mai 2026, jour du 53e anniversaire de la lutte armée sahraouie, les forces marocaines ont mené une opération coordonnée contre les dirigeants du CODESA.
  • Siège des domiciles, sabotage électrique, menaces proférées devant des enfants mineurs : un ciblage simultané du président et de la vice-présidente du collectif.
  • Ces faits visent des défenseurs des droits humains protégés par le droit international ; leur intimidation engage la responsabilité de la puissance occupante.
Le 20 mai 1973, des combattants sahraouis menaient à El Khanga, près de Smara, la première action armée contre l'occupant espagnol. Cinquante-trois ans plus tard, jour pour jour, les forces d'occupation marocaines ont assiégé les domiciles des dirigeants du CODESA à Laayoune. Cette coïncidence n'est pas fortuite. Elle est la marque d'une répression politique calculée, documentée, et inscrite dans un schéma récurrent.

I. Une date choisie : le 20 mai comme cible symbolique

Le 20 mai 1973, dix jours après la fondation du Front Polisario, une première action armée marquait le début d'une lutte qui se poursuit encore. Cette date demeure la référence centrale de la mémoire politique sahraouie — et, manifestement, un moment que les forces d'occupation marocaines ont délibérément choisi pour démontrer leur capacité à réduire au silence ceux qui la commémorent.

Depuis le début de la semaine du 19 mai 2026, divers appareils de renseignement et de sécurité marocains ont mené une campagne de ciblage direct et simultané contre le président et la vice-présidente du Collectif des défenseurs sahraouis des droits de l'homme au Sahara occidental (CODESA). Ce schéma est documenté : le congrès du CODESA avait déjà été bloqué en octobre 2023, le domicile d'Ali Salem Tamek vandalisé en octobre 2024. Les dates sont rarement neutres.

6+ défenseurs des droits humains ciblés simultanément
53 ans de lutte armée sahraouie — date choisie par l'occupant
14 jours de siège continu pour Khadijetou Douih

II. Le siège d'Ali Salem Tamek : domicile encerclé, électricité sabotée, enfant intimidé

Ali Salem Tamek, président du CODESA, ancien prisonnier d'opinion et figure centrale de la défense des droits humains sahraouis, a été soumis à un siège strict de sa résidence dans le quartier Al Mostaqbal de Laayoune occupée. Des membres de la police d'occupation, accompagnés de fonctionnaires de l'administration marocaine, ont maintenu une surveillance constante et continue autour du domicile.

Dans la soirée du mardi 20 mai 2026, jour de l'anniversaire, l'électricité du domicile a été délibérément coupée et une partie du compteur électrique endommagée. Ce mode opératoire n'est pas nouveau : le 10 octobre 2024, des agents marocains avaient déjà vandalisé le boîtier électrique de la même résidence. La répétition de ce procédé révèle une méthode systématique, documentée et délibérée — et non une série d'incidents isolés.

⚠ Violation grave — droits de l'enfant

Un fonctionnaire détenant le grade de « Pacha » au sein de l'administration d'occupation aurait menacé et provoqué Ali Salem Tamek devant son fils âgé de dix ans. Cet enfant avait déjà été placé en situation d'intimidation dans un épisode antérieur. Ces faits constituent, au regard de la Convention relative aux droits de l'enfant à laquelle le Maroc est signataire, une violation flagrante des droits fondamentaux de l'enfant.

01 Siège policier continu du domicile familial, quartier Al Mostaqbal, Laayoune
02 Sabotage délibéré du compteur électrique le soir du 20 mai 2026
03 Menaces proférées par un fonctionnaire devant un enfant de 10 ans
04 Blocage de l'accès à l'immeuble pour trois autres membres du CODESA

III. Khadijetou Douih et ses filles : deux semaines de siège documentées

Khadijetou Douih, vice-présidente du CODESA, subit depuis deux semaines un siège ininterrompu de sa résidence avenue 50 à Laayoune occupée. Selon son témoignage enregistré, l'électricité de son domicile a été coupée par la police d'occupation vers 19h45 le 20 mai. Ses deux filles mineures ont été soumises aux mêmes pressions tout au long de ces deux semaines.

« Le harcèlement et la surveillance de la police qu'elle et ses deux filles mineures ont subi au cours des deux dernières semaines constituent une violation de son droit à la sécurité personnelle et à la liberté de mouvement. »

— Témoignage enregistré de Khadijetou Douih, vice-présidente du CODESA, mai 2026

L'exposition délibérée d'enfants mineurs à la pression policière ne constitue pas un dommage collatéral : c'est une méthode. Elle vise à épuiser les défenseurs par l'intermédiaire de leurs familles, à les forcer à l'autocensure sous peine de mettre leurs proches en danger. Cette forme de châtiment collectif infligé aux familles sahraouies est expressément prohibée par le droit international humanitaire.

IV. Un ciblage élargi : quatre autres défenseurs visés simultanément

La campagne ne s'est pas limitée aux deux dirigeants. Maalouma El Felnkhi, sa fille Khalifa El Moujahid, et Bachir Bouamoud, membre du comité administratif, ont été empêchés d'accéder à l'appartement situé dans le même immeuble assiégé. Des menaces directes ont par ailleurs été adressées au défenseur Khalifa Rguibi.

À Tan Tan, la défenseure Nabiha Bounan, membre du bureau de la branche locale du CODESA, a été soumise à des menaces continues qui se sont aggravées en actes de harcèlement physique. Ce ciblage géographiquement étendu — de Laayoune à Tan Tan — confirme le caractère organisé et centralisé de l'opération.

V. Analyse CASO : répression calculée, impunité renforcée

La concomitance entre le 53e anniversaire de la lutte armée et l'intensification de la répression n'est pas fortuite. Le Maroc réprime systématiquement lors des dates symboliques pour envoyer un message de dissuasion à l'ensemble de la population civile occupée.

Ces faits interviennent dans un contexte international dégradé. La résolution 2797 du Conseil de sécurité d'octobre 2025, qui valorise le plan d'autonomie marocain, a envoyé à Rabat un signal d'impunité renforcée. L'absence de mécanisme de suivi des droits humains dans le mandat de la MINURSO prive la communauté internationale des outils nécessaires pour documenter et sanctionner ces pratiques — une lacune que le CASO a régulièrement dénoncée.

Human Rights Watch, dans son rapport mondial 2026, et Amnesty International, dans son rapport annuel 2026, ont tous deux documenté l'intensification de la répression contre les activistes sahraouis. La Rapporteuse spéciale de l'ONU Mary Lawlor avait interpellé le gouvernement marocain en février 2025 au sujet des actes d'intimidation contre Ali Salem Tamek. Sa communication est restée sans réponse substantielle.

Position CASO

Le CASO tient les forces d'occupation marocaines pleinement responsables de la sûreté et de la sécurité des défenseurs des droits de l'homme sahraouis et de leurs familles. Nous appelons le Bureau de la Haute-Commissaire aux droits de l'homme à diligenter une enquête indépendante sur les événements du 20 mai 2026. L'utilisation d'enfants mineurs comme cible ou comme levier de pression constitue une ligne rouge dont le franchissement appelle une réponse ferme et immédiate de la communauté internationale.

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